Le phare Galantry, la sentinelle disparue du port de Saint-Pierre

publié le 28 mai 2007 (modifié le 8 juin 2007)

Le premier phare, sur la tête de Galantry

Coupe transversale du phare avec sa coupole d'origine © archives DE975 en grand format (nouvelle fenêtre) Le phare côté sud et est avec la passerelle d'accès © Studio Briand Saint-Pierre et Miquelon Reproduction interdite en grand format (nouvelle fenêtre) Le phare côté ouest avec son revêtement bardeaux © Studio Briand Saint-Pierre et Miquelon Reproduction interdite en grand format (nouvelle fenêtre)Au retour des Français en 1816, l’archipel présente un paysage dévasté par plus de 150 ans de rivalités franco-anglaises : "Tout a été détruit dans cette colonie, même la cale [1] ; l’emplacement où était situé le bourg de Saint-Pierre ressemble à une prairie ; le Barachois est abîmé par le lest [2] que les chaloupes anglaises ont jeté …" [3] A l’instar de la colonie, le port est en piteux état et ne compte ni digue, ni balise ou signal sonore et l’approche des côtes et l’entrée au port se révèlent très dangereuses : on compte 77 naufrages entre 1816 et 1845, date à laquelle le phare de Galantry est mis en fonction.

Pour assurer la sécurité du trafic maritime, pour la pêche et l’approvisionnement de la colonie en reconstruction, le 19 juillet 1840, les négociants de l’archipel désignent la tête de Galantry comme endroit le plus convenable pour ériger un phare. Au mois d’octobre de la même année, le conseil d’administration [4] de la colonie décide de la construction d’un feu fixe sur une tour en brique.

Le 19 mai 1843, M. Joly, conducteur des Ponts et Chaussées, son aide conducteur et 34 ouvriers de professions diverses arrivent à Saint-Pierre à bord de la corvette "Ariane", ils ont pour mission de construire l’hôpital et le phare de Galantry. 60 000 francs de crédits sont affectés à la construction du phare. Le 4 juillet 1844, les travaux du phare débutent, ils s’achèveront l’année suivante et le phare sera allumé pour la première fois le 15 septembre 1845.

Mise en place d'un enduit en béton armé en 1953 © Studio Briand Saint-Pierre et Miquelon Reproduction interdite en grand format (nouvelle fenêtre) La lentille rotative installée en 1862 © Studio Briand Saint-Pierre et Miquelon Reproduction interdite en grand format (nouvelle fenêtre) coupe de l'ancien phare avec sa nouvelle coupole - © archives DE975 en grand format (nouvelle fenêtre) Le phare initial était constitué d’une tour à base rectangulaire de 5,70 m sur 4,42 m et d’une hauteur de 9,15 m. Une tour circulaire, en saillie du côté nord, abritait l’escalier donnant accès aux deux étages et à la lanterne. La coupole de la tour circulaire s’étirait vers le sud pour rejoindre celle de la lanterne, formant une toiture rectangulaire, arrondie aux deux bouts. Le rez-de-chaussée comptait un vestibule ainsi que deux petits magasins, le premier destinés aux gardiens et l’autre au matériel d’éclairage et aux huiles. Le premier étage était occupé par la cuisine des gardiens et le second par les chambres à coucher. L’optique originale était composée de 19 réverbères paraboliques illuminés par un bec d’Argand [5] alimenté par une lampe à niveau constant.

Le bâtiment de brique, dont le mortier était probablement affecté par les embruns, sera recouvert de bardeaux puis d’un enduit en béton armé en 1953. Le logement des gardiens, un bâtiment de 6,5 m sur 25, est construit au nord-est du phare.

Le 28 mars 1856, un arrêté, émanant d’une décision du conseil d’administration de la colonie de l’automne précédent, est pris pour la mise en place de signaux sonores au phare de Galantry par temps de brume. De 6h00 à 18h00, toutes les heures, il sera tiré deux coups de canons espacés de trois minutes l’un de l’autre. En parallèle, le 31 mars 1856, on met en place un système de signaux par temps clair (sémaphore). En octobre 1873, le commandant Joubert demande la mise en place d’un sifflet à brume à Galantry, le 25 septembre de l’année suivante, le sifflet est en place ; il fonctionne toutes les minutes pendant six secondes. Le lendemain, la frégate "Magicienne" et l’aviso "Adonis", effectuent des tests de portée du signal, les résultats sont satisfaisants. Le 23 juin 1924, un nouveau sifflet à air comprimé est mis en place.

Vue du site : le phare, les bâtiments techniques et le logement des gardiens © Studio Briand Saint-Pierre et Miquelon Reproduction interdite en grand format (nouvelle fenêtre) Plan d'ensemble du site en 1953 © archives DE975 en grand format (nouvelle fenêtre) Le site vu du haut du phare © Studio Briand Saint-Pierre et Miquelon Reproduction interdite en grand format (nouvelle fenêtre)Le 10 août 1862, un feu tournant à éclats blanc et rouge est mis en place sous la direction du conducteur Désiré Lescoublet. En 1948, le phare fonctionne avec une lampe ALADIN, remplacée l’année suivante par une lampe à vapeur de pétrole. Le phare est finalement électrifié par le secteur en 1953.

Au cours de l’année 1949, une lanterne circulaire éclairant sur 360° est installée sur la tour, du côté nord. Elle conférera au phare sa silhouette définitive, que la majorité des Saint-Pierrais et Miquelonnais de plus de 30 ans connaissent.

Le premier phare de Galantry fut détruit en 1980, mais sa présence demeure bien vivante dans la mémoire des habitants de Saint-Pierre et de Miquelon qui ont été nombreux à regretter sa démolition et pour ces personnes, il demeure le vrai phare de Galantry.


1978, construction du phare actuel

Le phare de Galantry, aujourd'hui - © DE975/T. Hamel en grand format (nouvelle fenêtre) Le phare et la vierge - © DE975/T. Hamel en grand format (nouvelle fenêtre)Construit à 300 m à l’est de l’ancien phare, le nouveau phare de Galantry est mis en service en 1978. Il est constitué d’une tour triangulaire de 14 m de hauteur accolée à un bâtiment technique massif de 12 m sur 6, sur trois niveaux. La hauteur focale de la lentille est de 47 m au dessus du niveau de la mer. Le phare a une portée de 21,5 milles soit près de 40 Km, sa position est de 46° 45,900’ de latitude nord et de 56° 09,310’ de longitude ouest. Ce phare automatisé ne nécessite pas la présence de gardiens.

A l’origine, le phare n’était pas électrifié par le secteur EDF. Tout d’abord alimenté par des groupes électrogènes, on y installe deux aérogénérateurs de 1100 watts en 1982. Cet équipement donnera toute satisfaction au début, mais sa puissance s’avérera trop faible suite à l’installation d’un radiophare, d’un oméga différentiel [6] et d’un relais de télévision. En 1990, les aérogénérateurs sont remplacés par des appareils plus puissants qui connaissent cependant de nombreux incidents ce qui oblige le raccordement au réseau EDF le 7 décembre 1994. Au cours de l’année 1999, on arrêtera les émissions du radiophare.


Article réalisé par la cellule Communication avec le concours de la cellule Phares et Balises et le service des archives de la Collectivité Territoriale.

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Sources :
Charles Guyotjeannin Saint-Pierre et Miquelon, l’Harmattan, Paris, 1986, 139 p.
Joseph Lehuenen et Emile Sasco, Éphémérides des Iles Saint-Pierre et Miquelon, imprimerie du gouvernement, SPM, 1970.
Inventaire des phares des DOM-TOM 2003, ministère des Transports, de l’Equipement, du Tourisme et de la Mer, (DAMGM-Bureau des Phares et Balises), Ministère de la culture et de la Comunication (Sous-direction des études de la documentation et de l’Inventaire).

[1Dans l’archipel le terme cale désigne généralement un quai, vertical ou en pente.

[2Pour des raisons de stabilité à la mer principalement, mais aussi pour rentabiliser les voyages, les bateaux ne voyageaient jamais à vide. Partant chargés de poisson à destination de la métropole, ils en revenaient chargés de divers matériaux : bois, briques, terre, végétaux, …

[3Michel POIRIER, Les Acadiens aux îles Saint-Pierre et Miquelon 1758-1828, Moncton, Éditions d’Acadie, 1984, 527 p.

[4Le conseil d’administration est composé du commandant de la colonie, du chef de service administratif, de l’inspecteur colonial, du chef de service judiciaire et d’un notable choisi par le commandant pour un an.

[5Aimé ARGAND(1755-1803), physicien et chimiste suisse, il inventa la lampe à mèche circulaire tressée et à tirage centrale. Améliorant la circulation d’air, ce principe diminuait la quantité de fumée et augmentait l’intensité lumineuse.

[6Un radiophare est un système d’aide radioélectrique à la navigation. Le radiophare émet des signaux radioélectriques, captés par les navires. L’oméga différentiel, est aussi une système d’aide à la navigation mais par émission d’ondes à basse fréquence permettant au navire de connaître sa position. Ces deux systèmes, ont été remplacés par les systèmes d’aide à la navigation par satellite.