Un projet, une étude, une mission … on vous en parle : les phoques à Saint-Pierre et Miquelon

publié le 5 juillet 2016

Jeudi 21 avril 2016, la DTAM organisait une conférence-débat sur les phoques, animée par Cécile Vincent, biologiste de l’institut de La Rochelle. Ce compte-rendu de l’étude commandée par la DTAM était aussi l’occasion d’initier une série de conférences débats sur les missions, études ou grands projets de la DTAM et de ses partenaires.

Une seconde visite et un premier état des lieux

Début 2015, la DTAM confiait au Centre d’Études Biologiques de Chizé (CNRS – Université de la Rochelle) une étude ayant pour objectif d’établir un bilan scientifique de la situation du phoque dans l’archipel. Depuis plusieurs années en effet, autorités et associations s’interrogent sur l’évolution des populations de phoques, leur impact sur le milieu et sur les activités humaines. Les données de cette étude devraient fournir au comité local de suivi les éléments scientifiques afin de mettre en place les mesures de suivi et de gestion adéquates.

Lors d’une première mission en juillet 2015, des acteurs locaux ont été rencontrés, des données bibliographiques ont été recueillies et deux comptages partiels des colonies de phoques de l’archipel ont été réalisés.

Sur la base de ces éléments, un premier état des lieux a pu être dressé fin 2015 et présenté en avril dernier dans l’archipel.

Voir l’étude sur les phoques

Cécile Vincent présente les données bibliographiques et de terrain concernant le phoque dans l’archipel et la région

Mieux connaître les populations de phoques

Depuis les années 1960, des comptages ont été réalisés sur une base plus ou moins régulière sans faire systématiquement la distinction entre les deux principales espèces de phoques présentes localement : le phoque veau marin et phoque gris. Or, ces populations ont des comportements et des statuts distincts : les périodes de reproduction et de mue notamment sont différentes, mais également l’état des populations, leurs mœurs de déplacement et d’alimentation.

Les phoques veaux marins sont sédentaires alors que les phoques gris sont plus nomades. Parcourant plusieurs centaines de kilomètres pour se nourrir ou se reproduire, le même phoque gris peut, selon la période de l’année, fréquenter les eaux de l’archipel, de Terre-Neuve, de la Nouvelle-Écosse ou des Îles de la Madeleine, et ainsi appartenir à la fois aux colonies de l’archipel et à celles de l’Est canadien. Ce qui n’est pas le cas du phoque veau marin qui est plus sédentaire.

S’il semble globalement que les populations de phoques soient en augmentation, cette estimation est à préciser car plusieurs facteurs peuvent biaiser les données. Des comptages réguliers, réalisés selon un protocole précis (si possible en une journée et par plusieurs équipages) et faisant la distinction entre les espèces devront être réalisés pour évaluer précisément les populations. Des comptages du nombre de naissances de phoques veaux marins sont également à envisager pour comprendre la dynamique de cette population, locale puisque sédentaire.

Évaluer l’impact réel des espèces de phoques sur leur milieu

Développement d’algues vertes, contamination à la bactérie E. coli ou encore mauvaises odeurs, le Grand Barachois est l’objet de toutes les attentions depuis quelques années. L’impact du phoque sur cet écosystème est mal connu. En tout état de cause, les phoques ne peuvent pas être tenus pour les seuls responsables d’une dégradation potentielle du milieu.

Les marées vertes dues à la prolifération d’algues semblent correspondre aux périodes de fort ensoleillement qui augmente la température de l’eau, favorisant ainsi les explosions d’algues. Les marées vertes ne se sont reproduites que lorsque les conditions météorologiques étaient favorables (température de l’eau élevée, ensoleillement…).

Les déjections des phoques pourraient être à l’origine des contaminations à la bactérie E. coli, mais d’autres sources de contamination existent (chevaux, oiseaux, absences d’assainissement…). Des contaminations semblables à celle de 2014 ont d’ailleurs été constatées à la fin des années 1980 alors que les populations de phoques étaient estimées moindres.

Le rapport suggère donc de poursuivre les études en cours dans le Grand-Barachois (Courantologie, suivie des déjections, dynamiques des sédiments) afin de mieux comprendre la dynamique de l’écosystème pour identifier l’ensemble des causes réelles de sa dégradation et y trouver des solutions.

Limiter les interactions avec les activités humaines

La principale préoccupation des pêcheurs et plaisanciers concerne la déprédation, c’est-à-dire la consommation par les phoques des poissons pris dans les filets ou même des crustacés capturés dans les casiers, avec parfois destruction de l’engin de pêche.

Les plaisanciers rencontrés en 2015 ont fait part de déprédations croissantes, même à plusieurs miles de la côte – ce qui n’était pas le cas auparavant, par des phoques dont le comportement serait en outre de moins en moins farouche.

Des systèmes d’effarouchement efficaces sont actuellement en cours d’étude en Irlande et pourraient être installés localement pour des tests.

Au terme de la conférence, plusieurs questions sont posées par les participants

Poursuivre le suivi, avec l’aide des acteurs

Loin de poser un diagnostic arrêté, cette étude insiste plutôt sur la nécessité de mettre en place des méthodes de suivi régulières, respectant des protocoles précis et impliquant un maximum d’acteurs. Cette mission d’avril a d’ailleurs permis de former plusieurs personnes « compteurs » de phoques chez les plaisanciers, pêcheurs et chasseurs. Des campagnes de recensement devraient se dérouler durant la saison estivale 2016 et être renouvelées régulièrement.

Les mesures préconisées comprennent notamment un suivi régulier des colonies par recensement, télémétrie et photo-identification et suivi des échouages. Il est également proposé d’étudier plus précisément le régime alimentaire des phoques.

En ce qui concerne le site du Grand Barachois, plusieurs acteurs militent pour la mise en place d’une étude pluridisciplinaire des évolutions physiques et biologiques afin de comprendre la dynamique du milieu.

Ifremer et le BRGM, en association avec la DTAM réalisent actuellement une étude hydrosédimentaire.

Voir l’étude sur les phoques